
Diaby Mohamed Lamine
(Fondateur du Cercle Sematawy)

Introduction
L’histoire des congrès panafricains est celle d’un mouvement intellectuel, politique et moral qui a progressivement déplacé son centre de gravité : né dans les diasporas noires de l’Atlantique, il est devenu un instrument de contestation de l’ordre colonial, puis un langage d’État porté par les institutions africaines, avant d’être à nouveau disputé au XXIe siècle par des militants, intellectuels, diasporas et mouvements citoyens. Le panafricanisme peut être défini comme l’idée selon laquelle les peuples d’ascendance africaine partagent des intérêts communs et doivent rechercher des formes d’unité politique, culturelle, économique ou symbolique [1].

(Par Maître Afework Tele, inauguré en 1961
par l’empereur Hailé Sélassié. )
Au-delà de sa définition contemporaine, le panafricanisme trouve également ses racines dans des expériences historiques antérieures aux premiers congrès du XXᵉ siècle. La Révolution haïtienne (1791-1804) et la bataille de Vertières constituent ainsi l’un des premiers précédents historiques du panafricanisme. Bien que le concept n’existe pas encore, des hommes et des femmes issus de diverses nations africaines : Kongos, Yorubas, Fons, Aradas, Ibos ou Mandingues, s’unissent dans une lutte commune contre l’esclavage et la domination coloniale. Pour Amzat Boukari-Yabara, Haïti occupe une place fondatrice dans l’histoire longue du panafricanisme en démontrant la possibilité d’une solidarité politique entre populations africaines dispersées par la traite négrière [17]. C.L.R. James souligne également que la révolution haïtienne fut la première révolution anticoloniale victorieuse menée par des populations d’origine africaine [18]. À ce titre, Vertières peut être considérée comme l’une des premières expressions historiques d’une conscience collective africaine transcendant les appartenances ethniques au service d’un projet commun de libération [17][18].

Tableau d’Ulrick Jean-Pierre (1989)
Cette origine révolutionnaire rappelle toutefois que le panafricanisme ne s’est jamais construit comme une doctrine unique et linéaire. Il s’est plutôt formé à partir d’expériences dispersées et de luttes convergentes. Comme le souligne Amzat Boukari-Yabara, il s’agit d’un « projet historique pluriel », traversé par des tensions entre diaspora et continent, élites et masses, États et mouvements sociaux [17]. Cette idée n’a jamais été homogène : elle a réuni des réformistes, des nationalistes, des socialistes, des diplomates, des chefs d’État, des syndicalistes, des étudiants, des artistes et des militants radicaux [1]. Les congrès panafricains constituent ainsi moins une série d’événements isolés qu’une archive mouvante des tensions du monde noir : égalité civique, anticolonialisme, souveraineté, réparations, réforme du multilatéralisme, démocratie et légitimité populaire [2][3].
La première conférence panafricaine de Londres, en 1900, organisée principalement par l’avocat trinidadien Henry Sylvester Williams, inaugure cette histoire moderne. Elle réunit des délégués venus d’Afrique, des Antilles, des États-Unis et du Royaume-Uni, avec la participation de W. E. B. Du Bois, qui jouera ensuite un rôle central dans la continuité du mouvement [2]. Cette rencontre n’est pas encore un congrès au sens strict, mais elle fixe déjà plusieurs thèmes durables : la lutte contre le racisme, la dénonciation de l’exploitation coloniale, la revendication d’une représentation politique des peuples africains et afrodescendants, et l’idée que les Africains doivent parler au monde en leur propre nom [2]. À ce stade, le panafricanisme est encore largement diasporique, porté par des élites lettrées, juristes, journalistes, intellectuels et militants installés dans les métropoles impériales [1][2].


Henry Sylvester Williams (à gauche) 1905 par E.H. Mills & W.E.B. Du Bois (à droite) par James E. Purdy, 1907
1. De Londres 1900 à New York 1927 : un panafricanisme diasporique, réformiste et internationaliste
La conférence de Londres de 1900 inaugure le panafricanisme moderne dans un contexte de domination coloniale quasi totale de l’Afrique. Elle traduit la volonté des diasporas noires de se constituer en sujet politique global [2]. Selon Boukari-Yabara, cette première phase est caractérisée par un panafricanisme « diasporique, élitaire et juridique », visant à interpeller les puissances impériales plutôt qu’à les renverser [17].

Le congrès de Paris de 1919 marque la première grande institutionnalisation du cycle des congrès panafricains. Organisé par W. E. B. Du Bois et Ida Gibbs Hunt, il se tient dans le contexte de la conférence de paix de Versailles, au lendemain de la Première Guerre mondiale [3]. Les délégués espèrent inscrire la « question noire » dans l’ordre international en formation. Leurs demandes restent modérées : administration plus juste des territoires africains, participation progressive des Africains au gouvernement de leurs pays, défense des droits humains et refus de la discrimination raciale [3]. Paris 1919 révèle une contradiction fondatrice : les puissances alliées parlent d’autodétermination, mais l’appliquent très peu aux peuples colonisés. Le congrès s’inscrit donc dans une stratégie de pétition internationale : influencer les vainqueurs de la guerre, la Société des Nations et les opinions publiques européennes [3].

Le congrès de 1921, réuni en plusieurs sessions à Londres, Bruxelles et Paris, radicalise partiellement le discours. Le manifeste adressé à la Société des Nations critique l’inégalité mondiale, l’exploitation des terres et des matières premières africaines, ainsi que la hiérarchie raciale de l’ordre colonial [1][3]. Cette édition voit aussi apparaître des tensions entre des figures réformistes proches de l’assimilation française, comme Blaise Diagne et Gratien Candace, et des militants plus critiques du système impérial [3]. Le panafricanisme de l’entre-deux-guerres ne se réduit donc pas à une simple dénonciation du racisme ; il commence à articuler race, économie mondiale et domination coloniale. Toutefois, sa sociologie demeure élitaire : les congrès réunissent surtout des intellectuels, diplomates, étudiants, hommes politiques et représentants d’associations, plus que des masses populaires [1][3].

Le congrès de 1923, tenu à Londres et Lisbonne, reprend les revendications de self-government, de réforme coloniale et de justice raciale [3]. Il insiste sur le fait que le développement de l’Afrique doit bénéficier d’abord aux Africains et non aux profits européens [3]. Il demande également l’abolition des formes de domination des minorités blanches au Kenya, en Rhodésie (regroupe les États de Zambie, du Zimbabwe et le Malawi) et en Afrique du Sud, ainsi que la répression du lynchage et de la violence raciale aux États-Unis [3]. Le congrès de 1927, tenu à New York, reprend des résolutions analogues, mais sans provoquer de rupture institutionnelle majeure [3]. Entre 1900 et 1927, la dynamique panafricaine reste donc surtout une diplomatie morale transatlantique : elle construit un vocabulaire de solidarité noire mondiale, mais elle ne dispose encore ni d’États africains indépendants, ni d’institutions continentales capables de transformer ses résolutions en politiques publiques [1][3].
2. Manchester 1945 : le basculement anticolonial
Le cinquième congrès panafricain de Manchester, en octobre 1945, constitue le tournant majeur de cette histoire. Il se tient après la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte où les empires européens sont affaiblis mais tentent encore de maintenir leurs possessions coloniales [4][5]. Contrairement aux premières éditions, Manchester donne davantage de place aux militants africains, caribéens, syndicalistes et futurs dirigeants indépendantistes. George Padmore, Kwame Nkrumah, Jomo Kenyatta, W. E. B. Du Bois, Amy Ashwood Garvey et d’autres figures participent à un moment qui lie l’anticolonialisme africain, les luttes ouvrières, les diasporas noires et les mouvements de libération nationale [4][5]. Le congrès de Manchester constitue une rupture majeure. Il marque le passage d’un panafricanisme de plaidoyer à un panafricanisme de lutte [4]. Boukari-Yabara insiste sur ce moment comme celui où « le centre de gravité du panafricanisme se déplace vers les Africains eux-mêmes » [17].




Amy Ashwood Garvey, George Padmore, Kwame Nkrumah & Jomo Kenyatta
Les textes de Manchester rompent avec la prudence réformiste. La déclaration aux puissances impérialistes affirme le droit des peuples africains à l’autonomie et à l’indépendance, tandis que le manifeste aux travailleurs, paysans et intellectuels des colonies appelle à l’organisation de masse, au syndicalisme, à la grève et au boycott [4]. Le congrès ne demande plus seulement une meilleure administration coloniale ; il affirme que les peuples colonisés doivent contrôler leur destin politique et économique [4]. Il marque ainsi le passage du panafricanisme comme plaidoyer diasporique au panafricanisme comme programme anticolonial de masse. L’héritage de Manchester sera visible dans les indépendances africaines des années 1950 et 1960, notamment au Ghana de Nkrumah, au Kenya de Kenyatta et dans les réseaux intellectuels et militants qui articulent libération nationale, socialisme, syndicalisme et unité africaine [1][5].

Manchester révèle aussi une tension durable : celle entre les élites et le peuple. Le congrès de 1945 cherche à dépasser le cercle des intellectuels pour s’appuyer sur les travailleurs, paysans, syndicats et organisations populaires [4]. Pourtant, les figures les plus visibles restent souvent des hommes instruits, futurs dirigeants ou intellectuels internationaux [5]. Les femmes y jouent un rôle important, notamment dans les réseaux d’organisation et de mobilisation, mais leur place dans la mémoire officielle du panafricanisme reste longtemps sous-évaluée [5]. Cette tension entre avant-garde intellectuelle et base populaire réapparaîtra dans presque tous les congrès ultérieurs.
3. Après les indépendances : Dar es Salaam 1974 et le panafricanisme anti-impérialiste
Après Manchester, l’indépendance du Ghana en 1957 et la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1963 déplacent le centre du panafricanisme vers le continent africain [1][16]. L’OUA se donne pour objectifs de promouvoir l’unité et la solidarité des États africains, de défendre leur souveraineté, d’éradiquer le colonialisme et l’apartheid, et de coordonner la coopération continentale [16]. Cette institutionnalisation change profondément la nature du panafricanisme : il n’est plus seulement un mouvement transnational d’intellectuels et de militants, il devient aussi un langage diplomatique utilisé par les États africains [16].
Le sixième congrès panafricain de Dar es Salaam, en 1974, est le premier à se tenir sur le continent africain après les grands congrès de la première moitié du XXe siècle [6]. Il se déroule dans un contexte d’indépendances formelles déjà acquises pour de nombreux États, mais aussi de luttes encore en cours contre l’apartheid, le colonialisme portugais et les régimes racistes d’Afrique australe [6]. Boukari-Yabara souligne que cette période voit émerger un panafricanisme « révolutionnaire », influencé par le marxisme, le tiers-mondisme et les mouvements de libération [17]. La Tanzanie de Julius Nyerere, avec son socialisme ujamaa et son rôle dans l’accueil des mouvements de libération, offre un cadre symbolique puissant [6]. Le congrès met l’accent sur l’anti-impérialisme, la lutte de classes, le néocolonialisme, les solidarités avec les peuples en lutte et la nécessité de penser l’Afrique dans un processus révolutionnaire mondial [6].
Dar es Salaam révèle cependant des fractures profondes. La présence afro-américaine est forte, parfois au point de peser lourdement sur les débats, alors que les priorités des militants noirs américains, des États africains indépendants et des mouvements de libération ne coïncident pas toujours [3][6]. La question « diaspora ou continent ? » devient centrale : qui parle au nom du panafricanisme ? Les descendants d’esclaves dans les Amériques, les États africains, les mouvements révolutionnaires, les intellectuels, les partis ? Dar es Salaam tente de concilier ces pôles, mais confirme que le panafricanisme est un espace de négociation permanente entre expériences historiques différentes [6].
4. Kampala 1994 et Accra 2015 : démocratie, réparations et crise du mouvement
Le septième congrès panafricain, tenu à Kampala en 1994, intervient dans une période charnière : fin de la guerre froide, transition sud-africaine, affirmation des débats sur la démocratie, les droits humains, les réparations et la place des sociétés civiles [7]. Intitulé « Facing the Future in Unity, Social Progress and Democracy », il rassemble environ 800 délégués d’organisations panafricaines et près de 2 000 participants [7]. La question des réparations y est discutée, notamment en lien avec la Proclamation d’Abuja de 1993, et le panel conduit par Ali Mazrui symbolise l’élargissement du panafricanisme à des thèmes mémoriels, juridiques et politiques [7]. Kampala confirme que le panafricanisme postcolonial ne peut plus se limiter à l’indépendance politique : il doit affronter l’endettement, les inégalités, la démocratie, les diasporas, les violences d’État, les droits des femmes et la mondialisation.
Le huitième congrès panafricain d’Accra, en mars 2015, exprime à la fois une volonté de relance et une crise interne [8]. Selon le media Pambazuka, il cherche à raviver un « panafricanisme des peuples », mais révèle aussi des divisions autour de la participation des États, de l’Union africaine, des ONG, de la jeunesse, de la diaspora et des anciens dirigeants du mouvement [8]. Certains y voient une tentative nécessaire de rajeunissement ; d’autres dénoncent l’opportunisme, l’absence de clarté idéologique, la faiblesse de la gouvernance et le manque d’institutions panafricaines durables [8]. Accra 2015 montre que le panafricanisme n’est plus seulement menacé par l’impérialisme extérieur ; il l’est aussi par ses propres contradictions : bureaucratisation, querelles de leadership, déficit de redevabilité, concurrence entre générations et difficulté à transformer les congrès en actions concrètes [8].
5. Lomé 2025 : un 9e congrès entre institutionnalisation et contestation
Le neuvième congrès panafricain de Lomé, tenu du 8 au 12 décembre 2025, est co-organisé par le Togo et l’Union africaine autour du thème « Renouveau du panafricanisme et rôle de l’Afrique dans la réforme des institutions multilatérales » [9][10][11]. Selon les sources officielles, il réunit des représentants d’États africains, de nations abritant des communautés afrodescendantes, d’organisations de la diaspora, d’institutions régionales, de la société civile, de femmes, de jeunes, d’universitaires et d’organisations internationales [9]. Il se présente comme un congrès de synthèse : mémoire des luttes anticoloniales, justice réparatrice, réforme du système multilatéral, souveraineté intellectuelle, développement autocentré, mobilisation de la diaspora, rôle des femmes et mécanismes de suivi [9].

La déclaration finale de Lomé comporte 40 engagements répartis en huit sections [9]. Elle réaffirme le panafricanisme comme cadre stratégique d’unité, de souveraineté et d’émancipation des Africains et afrodescendants [9]. Elle soutient les initiatives de l’Union africaine et de la CARICOM en matière de justice réparatrice, appelle à un observatoire panafricain de la justice réparatrice et de la lutte contre le racisme, et relie les réparations à la réforme des institutions multilatérales [9]. Elle réitère le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte sur la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, réclame une plus grande coordination diplomatique africaine et encourage des alliances Sud-Sud, afro-caribéennes et afro-latines [9]. Elle demande aussi la décolonisation de l’esprit par l’éducation, les langues, les savoirs et les épistémologies africaines [9].
Sur le plan institutionnel, Lomé adopte plusieurs décisions de portée organisationnelle : mise en place d’un mécanisme de suivi, rôle confié au Togo pour coordonner la mise en œuvre des engagements, création d’un comité de suivi, proposition d’une journée panafricaine en mémoire des déportés et victimes de l’esclavage et de la colonisation, transmission de la déclaration à l’Union africaine, organisation du congrès tous les cinq ans et création d’un bureau permanent du Congrès panafricain [9]. En cela, Lomé marque une tentative de stabiliser un dispositif panafricain périodique, là où les précédents congrès avaient souvent souffert d’interruptions, d’improvisations ou de conflits de leadership [8][9].
6. Les controverses de Lomé : boycott, instrumentalisation et défense institutionnelle
Le congrès de Lomé est cependant fortement contesté. L’activiste Kemi Seba annonce qu’il ne participera pas, estimant que sa présence légitimerait Lomé comme « plaque tournante du panafricanisme » et refusant de cautionner un gouvernement qu’il accuse de tyrannie contre le peuple togolais [12]. le media RFI rapporte également que Kemi Seba dénonce un régime qui « asphyxie sa population », tandis que des opposants togolais accusent le pouvoir d’instrumentaliser un discours panafricain populaire auprès de la jeunesse africaine [11]. Le mouvement M66 appelle, le jour de l’ouverture du congrès, à une mobilisation contre le pouvoir, contre la nouvelle Constitution et pour la libération de prisonniers politiques [11]. Ces critiques posent une question classique : un État contesté sur le plan démocratique peut-il accueillir légitimement un congrès consacré à la liberté, à la souveraineté et à la dignité africaine ?
La Ligue panafricaine UMOJA formule une critique plus idéologique. Elle dénonce un « détournement » et une « commercialisation » du panafricanisme, affirmant que le mouvement, historiquement lié à la résistance et à la libération des peuples africains, serait utilisé comme outil de légitimation par des pouvoirs politiques, économiques ou médiatiques [13]. UMOJA met en cause la légitimité du Togo à accueillir un événement traitant de réparations, d’Ubuntu et de mémoire, en évoquant la situation des prisonniers politiques et la répression de mouvements populaires [13]. Ces critiques ne portent donc pas seulement sur l’organisation logistique du congrès ; elles contestent la cohérence morale entre les idéaux proclamés et le contexte politique national [11][13].
Les défenseurs ou sympathisants de la dynamique de Lomé répondent autrement. Les organisateurs mettent en avant l’ancrage dans l’Union africaine, l’Agenda 2063, la participation des diasporas, les réparations, la réforme du multilatéralisme et la nécessité de mécanismes permanents de coordination [9][10]. AFO Media, autour d’Alain Foka, présente le congrès comme un moment où Lomé devient une capitale symbolique du panafricanisme, rassemblant continent et diaspora pour célébrer l’unité, traiter les enjeux contemporains et poser les bases d’une action commune [14]. Dans des interventions liées à la conférence MANSSAH, Alain Foka insiste plus largement sur la nécessité pour l’Afrique de se doter d’un projet, d’un objectif commun et de stratégies claires, afin de dépasser la dispersion héritée de l’ordre colonial [15]. Pour ces défenseurs, l’enjeu est moins de sanctifier un État hôte que d’utiliser l’espace disponible pour construire une stratégie africaine collective.
La controverse de Lomé résume donc trois tensions récurrentes du panafricanisme. La première oppose élites et peuple : un congrès peut-il être panafricain s’il est dominé par des responsables politiques, experts et personnalités médiatiques, sans base populaire suffisamment organisée ? La deuxième oppose diaspora et continent : les afrodescendants sont invités comme acteurs centraux, mais certains militants estiment que leur présence peut être instrumentalisée par les États hôtes [9][13]. La troisième oppose États et militants : l’Union africaine et les gouvernements disposent des moyens diplomatiques pour organiser, financer et institutionnaliser le panafricanisme, mais les militants rappellent que l’unité africaine ne peut être crédible sans libertés publiques, justice sociale et redevabilité politique [11][13][16].
Conclusion
De Londres 1900 à Lomé 2025, les congrès panafricains montrent que le panafricanisme est une tradition vivante parce qu’il est conflictuel. En 1900, il naît comme langage diasporique de dignité et de réforme ; en 1919-1927, il devient une diplomatie internationale contre l’ordre colonial ; en 1945, il se transforme en programme anticolonial de masse ; en 1974, il adopte un vocabulaire anti-impérialiste et socialiste ; en 1994 et 2015, il affronte les questions de démocratie, réparations, jeunesse, institutions et redevabilité ; en 2025, il revient à Lomé sous une forme à la fois institutionnelle, globale et contestée [1][3][8][9]. Sa force réside dans sa capacité à relier mémoire, souveraineté et avenir. Sa faiblesse réside dans la distance qui sépare souvent les déclarations solennelles des transformations concrètes.
Le 9e Congrès panafricain de Lomé apparaît ainsi comme un moment paradoxal. Il produit une déclaration ambitieuse, structurée, tournée vers les réparations, la réforme du multilatéralisme, la décolonisation de l’esprit et la coordination permanente [9]. Mais il révèle aussi que le panafricanisme du XXIe siècle ne peut plus se contenter d’un langage d’unité : il doit répondre aux exigences démocratiques, aux demandes de justice sociale, aux critiques militantes et au besoin de participation populaire [11][13]. L’avenir du panafricanisme dépendra donc moins du nombre de congrès organisés que de leur capacité à articuler trois niveaux : des institutions continentales efficaces, des peuples mobilisés et une diaspora reconnue non comme symbole décoratif, mais comme acteur politique, culturel et économique à part entière.
Diaby Mohamed Lamine
(Fondateur du Cercle Sematawy)
Bibliographie
[1] Encyclopaedia Britannica, « Pan-Africanism », mise à jour 2026.
[2] Derek Bishton, « The first Pan African Conference », article reprenant des éléments de Saheed Adejumobi / BlackPast sur la conférence de 1900.
[3] African American Registry, « The Pan-African Congresses, a story ».
[4] Project MUSE / Black Camera, « Selections from Declarations and Resolutions of the Fifth Pan-African Congress: Manchester, England, October 13–21, 1945 ».
[5] Pan African Movement, « The Fifth Pan African Congress ».
[6] INOSAAR, « Sixième Congrès Panafricain, 1974, Tanzania ».
[7] INOSAAR, « Septième Congrès Panafricain, 1994, Kampala, Ouganda ».
[8] Pambazuka News, Ikaweba Bunting, « 8th Pan African Congress: The congress is not the movement » ; Zaya Yeebo, « The 8th Pan African Congress: Between opportunism and rejuvenation ».
[9] Déclaration finale du 9e Congrès panafricain de Lomé, 8–12 décembre 2025.
[10] Togo First, « Depuis Lomé, s’ouvre le 9e Congrès panafricain », 8 décembre 2025.
[11] RFI, « Togo: ouverture du neuvième congrès panafricain pour débattre de la place de l’Afrique dans le monde », 8 décembre 2025.
[12] Icilome, « Togo : Kemi Seba décline l’invitation au 9e Congrès panafricain à Lomé », 5 décembre 2025.
[13] Togo Scoop, « UMOJA dénonce une instrumentalisation du panafricanisme lors du 9e Congrès panafricain à Lomé », 12 décembre 2025.
[14] Alain Foka Officiel / AFO Media, « The Pan-African Congress of Lomé in 6 minutes », YouTube, 2025.
[15] Afrique Révélation, « Lomé : Alain Foka appelle l’Afrique à se doter d’un projet, d’un objectif commun et de stratégies claires » ; Médiatude, « Alain Foka et Manssah organisent une grande conférence panafricaine en juin 2025 au Togo ».
[16] Union africaine, « About the African Union » ; Encyclopaedia Britannica, « African Union ».
[17] Amzat Boukari-Yabara, Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme, La Découverte, 2014.
[18] James, C.L.R., Les Jacobins noirs. Toussaint Louverture et la Révolution de Saint-Domingue, Paris, Amsterdam, rééd.

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